Keep Calm and CarillonneAu cours des derniers mois, je me suis un peu baladé, j'ai visité des musées, déambulé dans des villes, fréquenté des boutiques. Au cours de ces pérégrinations, une chose m'a frappé : la grande originalité des slogans et autres marques publicitaires. Nan mais c'est vrai, il existe environ des millions des mots permettant d'exprimer une idée ou de composer une phrase-type, mais on retrouve toujours les mêmes. Cette pratique ne date pas d'hier : souvenez-vous quand vous étiez au collège, on avait tous un gars dans la classe qui avait un T-shirt FBI avec écrit en-dessous le très parlant "Fou, bête et idiot" ou pire, le très beauf "Female body inspector". Ces T-shirts n'ont pas encore totalement disparus, je lance d'ailleurs un appel pour qu'on les foute au feu une bonne fois pour toutes, ça ne peut plus durer...

Alors qu'on pourrait croire que cette mode n'avait pas survécu au tournant du XXIe siècle, il faut se rendre à l'évidence : les slogans ont changé, mais on continue de tourner en rond. Prenons l'exemple très à la mode du "keep calm and des-chevaux-et-des-hommes-240carry on" : cette affiche, apparue pendant la Seconde Guerre mondiale, est revenue sur le devant de la scène les derniers mois et hop, tout le monde a repris ce slogan en changeant la deuxième partie de la phrase. Là, c'est l'avalanche : eat a cookie, go shopping, follow Jesus, love horses, call Batman, ... Bref, je pense qu'on a compris que les créateurs de ces immondices ont été très inspirés. Il y a quelques jours, en profitant de mes vacances dans le Midi, je suis allé passer une journée en bord en mer. J'ai posé ma serviette dans la ville de Carry-le-Rouet, à côté de Marseille. Et là, en regardant passer les nuages pendant la sieste, j'ai eu l'idée de créer un T-shirt très original, intitulé "Keep calm and Carry-le-Rouet". Comme je ne possède pas les machines pour, j'invite l'industriel passant par là à me contacter pour qu'on fasse du biz ensemble...

Autre mode insupportable : celle qui a suivi le succès du film "Des hommes et des dieux". Ce succès date un peu, mais continue d'irriguer le monde des médias avec des répercussions jusque sur la table au moment du repas de famille... Après le carton de ce film, tous les créateurs de slogans ont eu une même idée : miser sur la dualité du titre en mettant en relation "des hommes" et un autre truc lambda. Là aussi, ça a pété dans tous les sens ! "Des hommes et des arbres" pour sauver la forêt tout en vendant des charpentes, "des hommes et des traditions" pour faire vivre le tourisme en Bourgogne, magritte-ceci-n-est-pas-un-livre-de-coloriageetc. Certains petits malins ont essayé de nous la faire à l'envers avec un reportage sur "des abeilles et des hommes", avec une association "des animaux et des hommes", mais on n'est pas dupes, loin de là. Je disais, une mode qui nous suit même à table. L'autre jour, je débouche une bouteille de vin et hop, sur le bouchon "des hommes et une passion". Raaa, c'est pas possible. Autant les initiatives sont louables, autant leurs slogans sont périmés depuis longtemps...

Là où le fond du fond est atteint, c'est dans les boutiques dites culturelles. Au printemps, au cours d'un week-end à Bruxelles, j'ai eu l'occasion d'aller au musée Magritte, enfin plutôt à la boutique du musée, histoire de "faire genre"... J'ai toujours bien aimé les boutiques des musées : on arrive à te vendre des trucs tellement éloignés du sujet du musée que tu les achètes pour les remercier d'avoir cherché si loin. En l'occurrence, cette boutique recelait d'un stock de livres sur Magritte. Si certains avaient vraiment l'air intéressant, la plupart étaient affublés d'un piètre titre, comme "Ceci est Magritte", un hors-série de Beaux-Arts magazine, ce qui n'est pas rien... Sur cet étalage, ma palme est revenu au livre de coloriage ! Le pauvre Magritte doit se retourner dans sa tombe...