En décembre dernier, je livrais dans ces pages mon avis sur internet, endroit s'il en est un, où l'on peut exprimer sans limite son avis. C'était justement là le problème : il n’existe que peu de barrière à la liberté d’expression, ce qui est en soi une bonne chose à vrai dire.

A côté de ces formidables opportunités, les internets ouvrent aussi l’accès à une nouvelle étape dans l’histoire de la presse. Alors que depuis deux cents ans, on n'avait un accès facile qu'à une certaine presse, en fonction de son lieu de résidence et de ses revenus, les choses ont largement évolué avec le virage 2.0. Aujourd’hui, il existe une somme incalculable de sites d’infos qui présentent chacun à leur manière les actualités en proposant rubriques, mises à jour et flux en direct à son lectorat de plus en plus nombreux.

Cet étalage d’informations peut dans certains cas donner le sentiment d’être noyé. C’est particulièrement vrai au lendemain d’un événement attendu où chaque site propose son analyse en utilisant des titres tapageurs comme tous les « Ce qu’il faut retenir de … », vous savez ces titres qui permettent en 5 minutes de comprendre une analyse politique afin de briller à la pause-café de 10h au bureau. Ce genre d’articles n’est rien de plus qu’un saupoudrage de décryptage où l’on donne au lecteur un fragment de la bribe de l’analyse afin qu’il pense en savoir plus. Mais bien sûr, comme les journaux en ligne et les sites d’infos sont en concurrence les uns contre les autres, les analyses se recoupent, a fortiori si les analystes sont salariés par la même maison-mère…

Capture

Mais les sites d’infos, par une savante utilisation des rubriques, sont aussi passés dans l’art de mettre les articles en relation. Comme pour le targetting sur Amazon, le site d’infos va vous proposer un article en lien avec celui que vous venez de lire en misant sur une série de mots-clés. Et c’est que ça empire : au lieu de fournir un article long et complet sur le sujet, le site va en produire plusieurs sur le même sujet en faisant varier les titres et en rajoutant des infos de ci, de là. Quelle tête on ferait si en ouvrant le journal, on voyait 4-5 fois la même photo d’illustration avec un titre différent et des infos similaires ? On se dirait qu’ils se foutent de notre gueule… Et bien, je crois que c’est ça !

Sur le même sujet

En fin de compte, un article en ligne, c’est rien de plus qu’un petit étirement du titre et du chapeau auquel on rajoute des notes en plus en détournant les formules à l’aide de synonymes et de périphrases. Prenons l’exemple de cet article sur l’éventuel don de … Je vous laisse lire cet article ô combien intéressant. Bref le titre comporte 3 éléments : le sujet, l’action et l’objet de l’action. Chacun de ces éléments est repris dans le corps de l’article avec des redites et des synonymes : 5 fois pour le sujet, 2 fois pour l’action et 3 fois pour l’objet de l’action. On mentionne en plus les sources, histoire de donner du coffre à l’article. Comme on est sur Internet, on y rajoute des outils de partage permettant au lecteur de se la péter en montrant qu’il a lu ce brillant article. Et comme le site doit vivre, on fait figurer les liens vers d’autres articles potentiellement en lien. Et voilà votre article est pondu. Heureusement qu’on ne paie pas pour ça, j’ai envie de dire…

Contenu article

Autre mode à remarquer : le choix des articles en relation. J’aimerais savoir qui gère l’attribution des mots-clés parce que parfois, j’ai beau cherché, je ne vois pas le lien ou alors un lien assez ambigu qui laisserait à penser que ce site penche vers la satire ou la satyre… D’autant que certains de ces articles ont vraiment l’air intéressant.

Choix des articles

Dans ce système, on sent que les auteurs se disent « Merde, faut que je sorte du lot. Il me faut un truc qui accroche ! ». C’est là qu’on voit que les gars ont de la ressource : ils te balancent tous les jeux de mots possibles pour pondre un titre qui envoie du pâté. Et le lecteur de constater comme la langue française est riche de sens. Franchement le gars à l’origine de telles prouesses mérite notre respect à tous : arriver à harponner des lecteurs avec un sujet aussi pourrave rien qu’en utilisant les nombreuses ressources dont recèle notre dictionnaire, tu te dis que c’est un taulier que même si son article est moisi, le titre aura égayé ta journée.

Jeux de mots chèque

Par contre, pour d’autres articles, tu sens que le gars faiblit derrière son écran. Il fait n’importe quoi pourvu qu’on le laisse tranquille. Certes son article tient la route, le titre n’est pas réellement accrocheur, mais il ne travaille pas pour le journal de Mickey. Et c’est au moment de la publication de l’article avec images et mise en page que tout fout le camp. Et vas-y que les fichiers s’intervertissent et voilà ça te donne un article sur la visite du ministre français de la Défense dans une conserverie du Finistère illustré par une photo du Kim nord-coréen. Autant dire que le mec peut retourner se coucher, il a fini sa journée avant même de l’avoir commencé…

Le Drian Kim Jong Un

Enfin, ça aurait été trop beau si ces fantastiques opportunités de s’informer n’avait pas été tourner en dérision par des petits coquins qui prennent un malin plaisir à triturer l’info comme un gamin malaxe cette bonne vieille pâte Play Doh. Alors que certains connards le font à des fins politiques en véhiculant des hoax bien moches (ceci sera bientôt sur vos écrans si mes doigts le veulent…), des génies du verbe et de l’autodérision produisent une presse satirique que le Time nous envie. Parmi eux, ces filous du Gorafi qui, malgré l’énormité des infos relayées, n’en finissent pas de passer pour de vrais journalistes. « La boucle est bouclée », comme dirait Charles de Gaulle un matin d’août 1944…

Gorafi pour de vrai