notutile-blog-design-geek-steeve-jobs-thx-steeve-autreIl y a 30 ans jour pour jour sortait le Macintosh qui allait devenir un objet culte et fonder l'image de marque d'Apple, vous savez cette coopérative fruitière dont Forrest Gump est devenu actionnaire après avoir pêché toutes les crevettes dans le coin de Greenbow, Alabama... A l'époque, le produit était révolutionnaire : là, tous les crétins d'Applemaniacs vont me dire que ça l'est encore... A l'époque, ça l'était, sans aucun doute. J'en veux pour preuve le clip publicitaire pondu par le déjà très prometteur Ridley Scott. Vous vous en souvenez peut-être : c'était le clip assez dingue où une nana courait parmi des lobotomisés avant de faire du lancer de marteau mais avec un vrai marteau... Bref, tout ça pour dire qu' à l'époque, le produit a fait l'effet d'une bombe, la marque à la Pomme a gagné son pari.

ConformismeMais alors que dans la première décennie, la marque était un peu l'apanage des originaux de San Francisco, de tout le milieu de la contre-culture qui luttait contre le Système, elle a depuis retourné sa veste pour devenir le fer de lance de ce même Système dont elle devait sonner le glas. Le problème rappelle le mouton de Panurge de Rabelais : au départ, il est indéniable que le produit est de qualité, comme le fameux mouton, du coup ça tente plusieurs personnes et ainsi de suite, de fil en aiguille, pour faire "comme tout le monde" on achète ledit produit en se disant que c'est un truc super original. Sauf que ce qui était novateur par sa rareté va perdre de son charme en se multipliant. Ainsi, suivant les lois du marché, ce qui est prisé voit son prix augmenter : c'est mathématique vu que le projet a l'époque était de s'en mettre plein les fouilles et de sortir de ce putain de garage...

C'est bien là le problème de l'anticonformisme : tous les objets qui ont été conçus pour aller à l'encontre du Système finissent par rentrer dans les rangs. Imaginons un instant que le conformisme et l'anticonformisme sont sur une règle, le premier à droite et le second à gauche et ben, c'est comme pendant la Révolution, on se fait toujours doubler par quelqu'un de plus à gauche que soi. On a beau trouver un petit truc plus original pour se décaler vers la gauche, y'aura toujours quelqu'un qui aura une idée en plus pour aller plus loin. Du coup, celui qui passait pour un fou à l'époque finit par être considéré non pas comme tout le monde, mais comme un génie. De la même manière, celui qui - comme Jobs - voulait défier le Système ou du moins le contredire se retrouve au sommet de celui-ci.

Ce genre de phénomène se rerpoduit avec tout. Je me souviens au collège d'un gars qui faisait des dessins de tout et tout le temps, juste pour exprimer son ressenti et aussi passer le temps. Les autres le prenaient pour un taré, le taxant d'autiste, incapable de faire passer ses sentiments par des mots. C'était assez fou, d'autant qu'il avait un sacré coup de crayon (au sens premier du terme !). Maintenant, avec cette merde de Bitstrip, n'importe quel péquenot peut réussir à pondre un "dessin" pour dire ce qui lui passe par la tête, c'est-à-dire souvent du vent.
Cet article n'est pas une tribune contre l'anticonformisme. Loin de moi l'idée de prôner un monde uniforme où on serait tous des êtres lobotomisés comme dans le clip de Ridley Scott... On essaie tous de se démarquer pour se forger une identité propre, mais ce processus d'égotisation ne doit pas se fonder sur une course à l'originalité au risque de voir l'anticonformisme devenir très conformiste...